Les chemins de la fraternité Jean-François Nahmias Albin Michel, 2015, 528 pages, 22€

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Le bandeau annonce « Le grand roman de La Commune », cette période insurrectionnelle de l'histoire de Paris dont la Semaine sanglante reste à jamais dans toutes les mémoires.

C’est donc une page de nous-mêmes, encore trop méconnue, que Jean-François Nahmias nous fait vivre. Mais vivre au sens de qui donne du dynamisme, qui accroît la vitalité de l'esprit, et qui, à terme, nous vivifie.

Le titre, lui-même, est des plus évocateurs, tant il est vrai qu'importe le but, seul compte le chemin... Ce chemin, n’est-ce pas le moyen de faire découvrir à l’Homme toute son étendue intérieure ? Et puis, ces itinéraires, ces voyages, c’est vers la fraternité, ce lien affectif, ce sentiment de solidarité et d'amitié, qu’ils nous conduisent. Fraternité d’armes, de sang, de cœur, de vie même, comme un lien forgé et indissoluble.

Tout commence au début au XIXe siècle, en province où un fils d’ouvrier, à l’ambition avouée, devient patron d’une fabrique de boutons. Quant à son fils Frédéric, promu à un bel avenir, son destin bascule à la lumière d’un tragique évènement. Le digne héritier est répudié. Prenant conscience des vraies valeurs humaines, il abandonne tout et monte à Paris.

L’auteur nous invite à entrer de plain-pied dans un beau roman qui prend pour toile de fond un épisode de l'Histoire, auquel il mêle des événements et des personnages réels et fictifs, les replaçant dans leur contexte social, politique et historique. Baccalauréat en poche, mais sans le sou, Frédéric est notre guide à travers un Paris ou se côtoie, sans se mélanger, plusieurs mondes. Du Paris des ténèbres, avec les chiffonniers du quartier de la « Mouffe » au Paris des lumières, du côté d’Auteuil et du Bois de Boulogne. Mais aussi du Paris intellectuel, celui du quartier Latin, et du Paris travailleur, besogneux, celui des petites gens que le bourgeois ne remarque même pas.

L’ouvrage nous fait donc découvrir l’émergence de nouveaux préceptes politiques, de nouvelles idées collectives comme la croyance au progrès et une ascension croissante de la bourgeoisie, tant dans le domaine des affaires que de celui de la politique, face à une aristocratie vieillissante, en constant déclin.

La France d’alors, catholique et majoritairement rurale, avec des élites riches, instruites et sociables, connait une réémergence des utopies : idée républicaine et socialisme. C’est dans ce contexte que se développe la franc-maçonnerie. Jean-François Nahmias nous fait toucher du doigt tout ce que cette honorable institution a pu apporter à l’homme et à la société. Le lecteur plonge dans le monde d’une « société secrète » et y découvre certaines de ses rituelies.

Comprendre ce siècle, c’est connaître les chemins des différents grands personnages qui s’y croisent : Napoléon III qui se proclame empereur des Français, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, qui ordonne l'écrasement de la Commune de Paris, Achille Bazaine, Maréchal de France qui resta célèbre pour avoir failli à sa tâche de commandant en chef de l'armée du Rhin, Léon Gambetta, républicain, qui joua un rôle essentiel dans la déchéance de l'Empire et la proclamation de la République.

Enfin, c’est avec la Commune que s’ouvre, à nouveau, un « temps du possible », pour tous les protagonistes. Mais aussi un temps où il faut apprendre à vivre et à survivre.

C’est la découverte de mouvements aux liens étroits, les clubs, les mouvements féminins avec le parti républicain, la libre pensée, sans oublier la franc-maçonnerie, qui tient une place si importante dans le cœur de Frédéric.

Force est de constater que Victor Hugo et son roman emblématique « Les Misérables » sont comme un fil conducteur, au milieu des nombreuses aventures et intriques vécues par nos héros.

L’ouvrage de Jean-François Nahmias nous fait découvrir l’homme comme un guide qui doit mener l'autre à la vérité.

Cette belle histoire ne serait rien sans la Transmission. Transmettre, n’est-ce pas la façon de faire vivre un patrimoine ?

Parisien d'origine, habitant désormais sur la Côte d'azur, Jean-François Nahmias est né le 15 décembre 1944, à Cannes. Il est l'auteur de romans historiques consacrés au Moyen Âge français, dont L'Enfant de la Toussaint, trilogie historique, dont une partie des volumes de la première édition a été écrite sous le pseudonyme de François Liensa.

Il se consacre aussi à l’Antiquité romaine et fait partager sa passion à de jeunes lecteurs avec les aventures de Titus Flaminius, jeune avocat menant enquêtes dans la Rome du 1er siècle avant J-C. Collaborateur de Pierre Bellemare pour de nombreuses Les histoires extraordinaires, récits incroyables puisés dans notre patrimoine, il a écrit, chez Albin Michel, L'Illusion cathare (1995), La Nuit mérovingienne (1995) et L'incendie de Rome (2006) et De terre et de sang (Pocket ; 1994) coécrit avec Pierre Barret et Jean-Noël Gurgand.