N° 79 JUDAÏSME ET FRANC-MACONNERIE

Legende :Cahier N° 79
Legende :Cahier N° 79

~- Stéphane FRANCOIS : « De l'ésotérisme de tradition au discours gnostique »
La lecture d'un grand nombre de textes destinés tant au grand péphane FRANCOIS : « De l'ésotérisme de tradition au discours gnostique »
ublic qu'au public averti montre qu'il existe encore dans l'esprit de certaines personnes des confusions quant au sens à donner au mot “ ésotérisme ”. Cela s'explique par un fait précis (Jean-Pierre Brach, Avant-propos, in Mark Sedgwick, Contre le monde moderne. Le traditionalisme et l'histoire intellectuelle secrète du XXe  siècle, p. VII) : “ L'Université, dans son ensemble, s'est montrée jusqu'à maintenant, peu empressée d'examiner sérieusement des profils intellectuels qui lui paraissaient sans doute – quoique bien à tort – subalternes, ou attardés à des chimères, et qui, au demeurant, lui rendaient bien son mépris. ”

- Francis DELON : « La Maquette de Rabbi Jacob Judah Leon d'Amsterdam»
Dans la seconde édition de son ouvrage Ahiman Rezon, publié en 1764, Laurence Dermott, le Grand Secrétaire des Anciens, tint, non sans un certain éton- nement, à mettre en exergue l’influence qu’aurait exercé sur la Maçonnerie spéculative : “ Rabbi Jacob Judah Leon, hébraïste, architecte et Frère aussi renommé qu’érudit. Ce gentleman, à la requête des États de Hollande, construisit un modèle du temple de Salomon. L’objet de cette entreprise était de construire un temple en Hollande, mais après avoir réalisé la maquette, il fut déclaré que les Provinces Unies n’étaient pas suffisamment riches pour le payer ; sur quoi les États octroyèrent généreusement la maquette à son concepteur. Cette maquette fut présentée au public [par mandement] à Paris et Vienne, ensuite à Londres, grâce à une patente scellée du grand sceau  d’Angleterre  et  signée  Killigrew...

- Bertrand HEYRAUD : « Alexandrie»
Une nuit de 331 av. J.-C., Alexandre fait un rêve dans lequel Homère lui apparaît et lui cite ce vers de l’Odyssée :
“ Puis vers la mer houleuse il existe un îlot en avant de l’Egypte, on l’appelle Pharos. ” Le grand conquérant, qui envisageait de fonder une ville en Égypte, vient de prendre sa décision : ce sera à Pharos et la ville s’appellera Alexandrie. La légende est belle et peut être vraie mais, ce qui est sûr, c’est que l’emplacement fut choisi avec grand soin par les savants d’Alexandre pour en faire le plus grand port de la Méditerranée. La responsabilité de cette création est confiée à deux personnes : Cléomène de Naucratis habile financier et bon administrateur et le grand archi- tecte Dinocrate de Rhodes. Mais lorsque le 13 juin 323 av. J.-C. Alexandre meurt à Babylone, vraisemblablement d’une violente crise de paludisme, Alexandrie est loin d’être terminée. Ses généraux et les diadoques se disputent les dépouilles de son empire. L’Égypte échoit à Ptolémée qui sera qualifié de Soter autrement dit “ sauveur ”. Et, dès les débuts de son règne, ce sera un “ sauveur ” particulièrement habile...

- Gérard WININGER : « La Notion de Temple »
Dans la Bible, le Livre des Chroniques (IICh. 36-23) se termine par ces mots :
“ S’il est parmi vous quelqu’un qui appartienne à son peuple, que l’éternel son dieu soit avec lui pour qu’il monte. ” Le dernier mot de la bible juive est “ qu’il monte ” et ce dernier para- graphe forme le début du Livre d’Ezra. Esdras rappelle ainsi le décret de Cyrus, roi de Perse autorisant en 538 avant notre ère les Judéens exilés à Babylone à remonter à Jérusalem pour reconstruire le Temple. C’est le “ païen ” Cyrus, considéré comme un messie par Isaïe et comme le premier “ sioniste ” par Amos Oz et Shimon Pérez, qui a aidé matériellement, physi- quement et financièrement les judéens en leur redonnant leur autonomie. mais il s’agit d’une autonomie toute relative car la Judée restera satrapie (1) perse prévenant ainsi toute tentative d’indépendance politique. D’autre part, parmi ces judéens, beaucoup ne voulaient pas du tout reconstruire le temple et ce n’est qu’une infime partie qui reviendra avec Ezra (2)  et Néhémie (3)  fonder le deuxième royaume de Judée...

- François-Xavier TASSEL : « Condition de l'altérité vers la Lumière »
Evoquer Babel, c'est retourner aux sources, à nos propres sources pour mieux comprendre et agir, ici et maintenant, à la construction de ce que les Maçons appellent le Temple. Toutefois, nous avons parfois oublié la signification profonde de ce récit. Babel serait, selon une interprétation généralement admise, l'origine et la cause de la diversité des langues, infligée aux hommes comme punition d'avoir voulu  par orgueil ? Monter aux cieux par leurs propres moyens et (ou) se faire Dieu. Cette lecture est réductrice voire un contresens. L'approche symbolique dans la perspective d'une “ théologie de la ville ”, une Parole de Dieu sur la ville, nous permet de relire ce mythe sensé faire sens. Et si Babel était une chance pour l'homme s'interroge François Marty (La bénédiction de Babel)? Et si Babel était la condition préalable et nécessaire à notre propre humanité ? Nous rejoignons là les interrogations posées par Gérard Wininger (Les deux Adam, Cahier Villard de Honnecourt n° 64). Le mythe de Babel ne pose pas seulement la question de la communication et de ses conditions. Il nous interpelle surtout sur la finalité même de notre action individuelle (création- exister) et collective (politique-agir) et sur ce qui fait sens ici et maintenant...

- Michel JOSSAY : « De la Kabbale à la lumière »
Par un triste jour de la Toussaint de 1290, un 1er  novembre, proba- blement gris et pluvieux comme il se doit en Grande-Bretagne, tous les juifs du royaume durent quitter le territoire – qui souvent les avait vu naître – n’ayant comme seule possibilité que de prendre les biens qu’ils pouvaient emporter avec eux, monnaie et or exclus et n’ayant pas le droit de vendre leurs maisons, leurs échoppes ou leurs fermes qui échouaient dorénavant au roi.Le roi Édouard Ier   (1272-1307) avait décidé, par édit du 18 juillet 1290, de bannir tous les juifs de son royaume, population estimée entre 16 000 et 40 000 âmes, arrivés après la bataille d’Hastings en 1066, originaires le plus souvent d’Allemagne et d’Italie. Traités avec bienveillance par les souverains normands, leur situation se dégrade dès le début du règne de Richard Cœur de Lion (1189-1199) notamment après son retour des croisades, s’aggrave sous Jean sans Terre (1199-1216) pour aboutir en 1275 au statutum de judaismo promulgué par Edouard Ier   qui bouleversa leur activité professionnelle car, prohibant le prêt d’usure aux juifs pour ne le réserver qu’aux marchands vénitiens, pourtant bons chrétiens et empêchant par voie de conséquence leur admis- sion dans la toute puissante guilde des marchands. La situation deviendra intolérable après la décision de l’archevêque de Canterbury de faire fermer, en 1282, toutes les synagogues du royaume. Puis ce sera la Toussaint 1290 ! Triste scénario historique bien connu – trop bien connu – mais reconnaissons cependant que les Anglais furent en quelque sorte des précurseurs, du moins en Europe.

- Pierre BENZAQUEN : « La rencontre du sens et du symbole »
Afin de traiter ce sujet si vaste et si particulier, tant sur la forme que sur le fond, il fallait résoudre deux difficultés. La première consistait d'une part à éviter les pièges de la polémique et d'autre part à trouver un axe à la fois original, synthétique et, pour autant que cela soit possible, consensuel. La seconde difficulté résidait dans le traitement même des thèmes, car les recherches que j'ai été amené à faire dans les rituels maçon- niques afin de débusquer les “ emprunts ” possibles aux hébraïsmes et à la liturgie juive, appelaient un développement évidemment argumenté. J'avance donc, dans ce travail, des axes de réflexion sur les sens à donner au symbolisme maçonnique mais, compte tenu de l'ampleur du sujet, je me suis volontairement limité à “ distiller ” des explications, des analyses et des commentaires, sachant que chacun des thèmes abordés a fait, ou fera, l'objet d'études spécifiques plus en profondeur. Il est généralement convenu de reconnaître à la Franc-Maçonnerie qu'une part de son inspiration a été tirée des grands thèmes et des héros de l’Ancien Testament. En dépit du rôle essentiel, dans la symbolique maçon- nique, du roi bâtisseur que fut Salomon, successeur de David sur le trône d'Israël, les chemins empruntés par les initiateurs de la Maçonnerie furent délicats, indécis, bifurquant de la défiance au rejet en passant par l'inspiration jusqu'à offrir aux “ enfants d'Abraham ” une honorable “ voie de dégagement ” dans une intégration culturelle devenue sensible. Le pasteur Anderson, l'auteur des Constitutions, en parfaite fidélité à la doctrine presbytérienne calviniste, a incontestablement puisé dans ses sources bibliques une part essentielle de ce qui fonde aujourd'hui nos symboles rituels. Nous serons donc amenés au cours de cette étude à peser les apports de la spiritualité et de la philosophie juive dans l'évocation des signes, des paroles et des attouchements dans le monde Maçonnique...

- Marek HALTER : « L'aventure du golem »
Le sujet de cette réflexion m’a été inspiré par mon livre Le kabbaliste de Prague. A l’origine, tout commence, comme toutes les histoires, au paradis. On connaissait les mythes et la légende comme celle d’Adam et d’Ève et du Paradis. Ils pensaient qu’ils étaient très seuls, un peu comme des “ bourgeois dans leur maison ”, un grand jardin, ils sont nus, ils profitent du soleil et puis, il y a aussi, nous dit la Bible, les animaux. Mais, parmi eux, il y a le plus malin des animaux, c’est le serpent. Celui-ci s’aventure à l’orée du jardin pour voir comment vivent Adam et Ève. Rachi (2), grand commentateur de la Bible et du Talmud, vigneron, comme la plupart des juifs de l’époque en Champagne dira que “ le serpent a désiré Ève ”. Et bien sûr, quand on désire quelqu’un, on essaye de le séduire et il lui fait manger de l’arbre de la connaissance. Deux arbres sont là dans le jardin qui sont la Vérité interdite par le créateur et Ève a peur de toucher à ces arbres ; de toucher à l’interdit. Et que lui dit le serpent ? “ Vous ne mourrez point;  mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. ”...