N° 80 Transdisciplinarité une Nouvelle Vision du Monde

Legende :Cahier N° 80
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TRANSDISCIPLINARITE UNE NOUVELLE VISION DU MONDE
(extraits)


- Michel MAFFESOLI : « De l'initiation au dépassement de la pensée »
Les impressions, que je vais vous livrer sur ce vaste sujet, seront agrémentées de quelques petites digressions puisque j’aime à m’inspirer du philosophe et sociologue Georg Simmel (1858-1918) qui était un spé- cialiste des digressions. Je me suis également souvenu de la formation bénédictine de Villard de Honnecourt et chez les bénédictins et dans cette éducation, il y avait quelque chose de fort intéressant qui est la lectio divina, qui pourrait se traduire par la rumination ou le fait de sucer un bonbon d’une certaine manière. Le labyrinthe même de la Loge de Villard de Honnecourt prête justement à cette perspective j’appelerai digressive plutôt que véritablement didactique...

- Francis DELON : « Un témoignage inédit sur la fondation de la GLNF»
Walter Herbert Hewson, membre de la “ Pomfret Lodge ” n°360, fondée en 1819 à Northampton, devint en 1914, ainsi que le mentionne la brochure St. George’s Lodge n° 3 (A Short History of the Lodge, 1914-1915), le premier affilié du troisième Atelier de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière dont il gravit rapidement les échelons – 1er Diacre en 1916 et Premier Surveillant en 1917 – avant d’en occuper la chaire en 1918 puis de remplir les fonctions de Directeur des Cérémonies (1920 et 1922- 1923). Remarqué par le Grand Maître Provincial de Neustrie Charles Barrois, il fut nommé, en 1918, Grand Surveillant Provincial avant de lui succéder après son élection en 1923...

- Bertrand HEYRAUD : « Une idée neuve le christianisme»
Après avoir évoqué Alexandrie et avant de visiter Rome il nous faut nous pencher sur cette époque excep- tionnelle qui va façonner l’histoire de l’occident. L’exercice est quelque peu délicat car, si l’étude d’Alexandrie balaie cinq siècles, celle de Rome plusieurs siècles, l’époque que je vais aborder est un moment, très court, très précis, très humble. Ce mouvement n’avait que bien peu de chance de bouleverser la vie d’une grande partie de l’humanité et, cependant, il va complètement transformer les fondements même de la civilisation occidentale.
Auguste régnait sur l’empire Romain depuis vingt ans lorsqu’au fin fond de la petite province de Judée, dans une bourgade perdue appelée Bethléem, naît un enfant. La légende dit que trois personnages éminents, des mages, prêtres de Zoroastre représentant l’un des plus anciens monothéismes méditerranéens, viennent rendre hommage à cet humble nourrisson, venu au monde dans une étable...

- Bassarab NICOLESCU : « Un chemin vers la spiritualité »
La transdisciplinarité est une approche scientifique, culturelle, spiri- tuelle et sociale ; elle concerne ce qui est entre les disciplines, à travers les disciplines et au-delà de toutes disciplines. Il s’agit donc, d’aller vers une connaissance qui dépasse les connaissances disciplinaires. Sa finalité est la compréhension du monde présent dont l’un des impératifs est l’unité de la connaissance. Et c’est au nom de cette trans-connaissance que nous pouvons concevoir un nouvel humanisme.
Il y a des documents et des statistiques très précises concernant les différentes disciplines. Vers 1300, à l’époque des fondations des premières universités, il y avait, en Europe, sept disciplines : trois + quatre ; trivium et quadrivium. A la Sorbonne, par exemple, ces disciplines étaient couronnées par la Bible qui était considérée comme l’explication globale de ces sept disciplines – la musique était considérée, à l’époque, comme une science exacte. En 1950, on comptera cinquante-quatre disciplines, en 1975, 1 845 ; en 2000 le nombre était de 8 000 disciplines. Bien sûr, d’autres disciplines naîtront encore et, ce, jusqu’à nos jours...

- Jean-François MALHERBE : « Jean de la Croix et Giordano Bruno »
La spiritualité exclut-elle l’hérésie? Nous avons longtemps souffert de formes institutionnelles du religieux qui, au nom d’une spiritualité singulière dont elles ont fait un instrument de pouvoir, ont exclu les enseignements spirituels qui les mettaient en cause et qu’elles ont qualifiés d’hérésie. Il apparaît pourtant que la plus authentique spiritualité transcende ce type de jugement. L’humanité – depuis qu’elle est humanité – connaît une vie spirituelle intense qui consiste en toutes ces méditations, célébrations et recherches que des humains entreprennent pour tenter d’ajuster leur vie à ce qui les dépasse, au plus intime d’eux-mêmes comme dans la nature tout autour d’eux. Que ces entreprises aient été ou non jugées hérétiques par les pouvoirs religieux n’y change rien.
Les spiritualités authentiques, quoi qu’il en soit des configurations concrètes qu’elles prennent dans nos vies, ont quelque chose en commun par-delà le fait que leurs initiateurs aient été canonisés ou exécutés pour hérésie. Du point de vue du langage, toutes mettent en œuvre, d’une façon ou d’une autre, des réseaux de métaphores qui transfigurent notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes en nous ménageant un accès à l’invisible, à l’intouchable, à l’indicible, bref à ce qui en nous-mêmes comme à l’extérieur de nous-même nous dépasse : notre propre transcendance. Selon son étymologie grecque, le mot “ métaphore ” signifie un processus qui “ porte au-delà ” ; une sorte de tremplin...

- Astrid GUILLAUME : « Pour une laïcité pacifiante »
Depuis la nuit des temps, l’être humain s’interroge sur ses origines, sur la mort, la vie, sur l’existence du divin, sur la Vérité, sur l’au- delà, sur le passage d’ici-bas vers un ailleurs qui, selon les civili- sations et les croyances, sera précisément décrit et clairement représenté, ou juste esquissé, suggéré. Pour ce faire, l’homme utilise un cerveau, dont il ne maîtrise que dix pour cent du fonctionnement; nombre de réponses à ses questions se trouvent sans aucun doute dans les quatre-vingt dix pour cent de cette matière cérébrale hautement perfectionnée, dont le fonction- nement complet reste à découvrir. Les générations futures en sauront plus sur ce plan; pour ce qui nous concerne au XXIe siècle, il nous faut appréhender une multitude de questions et, autant que possible, respecter les croyances des uns et des autres, qui dans leur grande majorité sont ancestrales, et reposent également donc sur un socle ancestral...

- Virgil CIOMOS : « Aristote et la transpassibilité »
L'effort que la philosophie a toujours fait pour mieux définir l’être humain a eu des conséquences considérables sur les théories et les pratiques qui concernent l’être malade. C’est uen toute nouvelle définition que celle avancée par Heidegger dans Sein und Zeit.
L’étant humain relève d’une analytique existentielle propre au Da-sein et a pu inspirer, par exemple, une nouvelle orientation dans la psychiatrie contemporaine, la Daseinanalyse.
C’est ce qui s’est passé avec un autre texte contemporain assez singulier, De la transpassibilité, qui allait amorcer non seulement une refonte de la phénoménologie française contemporaine mais, également, une nouvelle reprise de la psychiatrie existentielle. D’ailleurs, son auteur, Henri Maldiney (Penser l’homme et la folie), lui avait réservé le dernier chapitre conclusif d’une recherche dont le but essentiel était justement celui de “ repenser la maladie mentale ”.
L’originalité de cette recherche repose, comme d’habitude, sur quelques amorces antérieures ...

- Jean-Yves LELOUP : « Une approche transdisciplinaire »
Aimer Jérusalem c’est aimer l’archéologie, l’histoire, la politique, la Torah, les Évangiles, le Coran et leurs multiples interprétations et incarnations. Une approche transdisciplinaire s’impose.
La transdisciplinarité pourrait nous conduire à travers informations, éruditions mais aussi intuitions, prophéties, vers une vision plus haute de l’unité qui n’est pas abolition mais exaltation et respect des différences et à une autre vision de la paix qui n’est pas consensus mou, concorde hypocrite mais affrontement cordial et généreux de pensées contraires – une issue en quelque sorte, à toutes formes de totalitarisme, politique, idéologique ou religieux.
Cette approche transdisciplinaire n’est-elle pas un écho de ce que les anciens appellent le pardès, ou paradis, c’est-à-dire, le jardin de l’interpré- tation où l’intelligence humaine est capable de fleurir, de donner du sens et de la saveur à ce qui lui arrive. Dans la tradition juive, il y a quatre façons de goûter le monde, d’en extraire les saveurs :
- Péchât dont l’interprétation littérale est : les lettres disent ce qu’elles disent, les choses sont ce qu’elles sont. C’est l’approche scientifique et historique.
- Remez dont l’interprétation symbolique est : la mise en relation de ce monde littéral ou matériel avec les archétypes qui le structurent. Les lettres disent ce qu’elles disent mais qu’est-ce qu’elles disent ? Les choses sont ce qu’elles sont, mais qu’est-ce qu’elles sont ? Comment apparaissent-elles ? C’est l’approche phénoménologique et symbolique...

- Thierry MAGNIN : « Pour un scientifique et un théologien »
Il s'agit ici de montrer que le scientifique d’une part et le théologien d’autre part, sont confrontés chacun dans leur discipline, au “ mystère du connaître ”.
Le réel du physicien est “ voilé ” et toujours lui échappe. Pour le théologien, Dieu demeure toujours au-delà de ce que les mots et représen- tations peuvent signifier dans le langage humain. C’est la philosophie de Gabriel Marcel sur le mystère qui servira ici de médiation dans la réflexion qui consiste à montrer combien la posture du scientifique face au réel et celle du théologien dans sa recherche sur Dieu comportent des analogies, sans mélanger le domaine scientifique et le domaine théologique.
Nous verrons successivement comment le physicien vit ce “ mystère du connaître ” dans sa recherche du réel, et les conséquences sur la grande question des relations cerveau-esprit en sciences cognitives. Nous définirons alors ce que signifie le mot “ mystère ” à l’aide de la réflexion de Gabriel Marcel. L’analogie de posture avec le théologien devant le mystère de Dieu sera enfin soulignée, notamment pour la théologie apophatique...

- Bruno PINCHARD : « La voie conjointe »
Les pratiques de la transversalité ont maintenant un certain âge et peuvent donner lieu à une mise en perspective instructive. On peut observer que ce sont les sciences qui ont le plus appris du mot d’ordre d’un nouveau croisement de leurs méthodes, associant de mieux en mieux les sciences mathématisées et les sciences de l’interprétation dans un souci éthique et qualitatif à fort potentiel d’innovation. Ainsi de nouveaux objets se sont imposés à l’effort de connaissance, parmi lesquels la ville, les éco-systèmes et les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans la polarisation de la recherche officielle comme de la préoccupation privée. Il s’agit cependant d’une mobilisation tournée d’abord vers la pro- duction de vérités utiles au système marchand qui gouverne la planète. Parmi les vérités, on ne veut entendre que les vérités qui sont utiles à la fluidification des histoires, au passage des frontières, au lissage des discon- tinuités qui séparent les lieux et les temps. On s’est moins préoccupé des savoirs qui ne sont pas d’emblée voués à la communication universelle, mais se caractérisent d’abord par leur réticence à une communication inté- grale. Ce sont pourtant eux qui maintiennent la possibilité de la différence sur la terre et qui résument les obstructions irréductibles au système de l’administration intégrale. C’est d’eux que viendront les plus grandes protestations de l’humain contre le régime de contrôle universel qui vient, comme les plus grandes menaces de destruction frappant le projet d’humanisation de la terre.