L’œil de la providence Robert de Rosa De Borée

Legende :L’œil de la providence
Legende :L’œil de la providence

L’œil de la providence

Robert de Rosa De Borée, Coll. Marge noire, 2016, 296 pages, 19.90€

En page 5, sous le titre, est inscrite la mention roman policier. Un vrai polar donc, comportant les six invariants de ce genre littéraire : le crime ou délit, le mobile, le coupable, la victime, le mode opératoire et l'enquête. Et non un simple thriller ésotérique.

L’œil de la providence ne peut laisser indifférent l’initié(e). En effet, l’œil de la Providence ou « l’œil omniscient » est une représentation de Dieu exerçant sa surveillance sur l'Humanité. Une symbolique reprise par plusieurs civilisations, comme dans la mythologie égyptienne, avec l'œil Oudjat, par des religions, comme dans l'antiquité, l'œil du Dieu des monothéismes juif, chrétien ou musulman qui voit et qui entend tout. Mais aussi par des sociétés philosophiques. L'Œil de la Providence apparait ainsi dans l'iconographie maçonnique, au centre d'un triangle rayonnant appelé « delta lumineux ».

Mais ne nous égarons pas. Revenons à nos petits et grands mystères.

Région Auvergne-Rhône-Alpes, département Puy-de-Dôme, ville Clermont-Ferrand, capitale historique de l'Auvergne, née de l'union de deux anciennes villes, Clairmont et Montferrand. Tel est le décor.

Quant aux personnages, ils forment un trio. Un groupe de trois personnes unies par une activité, par des desseins communs. Celui de faire la lumière sur toutes affaires criminelles. Un commissaire qui répond au nom de Marcel Broust, et deux inspecteurs, Spinoza et Des Cartes, qui ne se quittent pas, ou presque. Comme ces « hirondelles » qui assuraient l'ordre public sur leur vélo, pour gagner en mobilité et en rapidité, au début du XXe siècle.

Nous pouvons vous le dévoiler : ce ne sont pas eux les trois mauvais compagnons !

Cet ouvrage s’articule autour de trois parties, composé au total de vingt-six chapitres. Sans entrer dans une arithmosophie, ce moyen de connaissance ésotérique, ou science symbolique des nombres, le 3 (Sainte Trinité ; corps, âme, esprit ; passé, présent, futur) et le 26 (26 lettres de l'alphabet latin ; 26 os de la colonne vertébrale ; valeur numérique du Tétragramme divin) n’ont sûrement pas été choisi au hasard par Robert de Rosa.

Mais dès le prologue… Si les épreuves de la vie ont jalonné l’existence de Joseph Raminovitch, reconnaissons que les épreuves initiatiques, devant amener son lot de sens et de sensations, ont eu raison de l’intégrité physique du néophyte. D’impétrant, il passe directement au statut de victime. Pour ce qui est de recevoir la Lumière, notre candidat a reçu la Lumière Éternelle ! Avec une mort lors d’une cérémonie d’initiation qui n’a rien d’accidentelle. De la digitaline dans le breuvage d’amertume, voilà qui vous fait passer de vie à trépas.

Où l’on s’aperçoit que Joseph Raminovitch, chef d’entreprise reconnu et respecté, patron d’une grosse entreprise de bâtiment, a déjà fait l’objet de deux tentatives d’assassinat. L’enquête policière nous conduit à la découverte de son univers familial.

Avec une épouse, Rachel, écrivaine et critique littéraire dans un journal régional, qui déclare que la franc-maçonnerie « ressemblait trop à un Lions Club un peu plus fermé », et qui, semble-t-il, a de nombreux amants.

Avec un fils, diplômé de Sup de co, qui doit logiquement succéder à son père, mais plus passionné par l’avenir du club de foot local, parrainé et financé, malgré lui, par le père.

Avec une fille Elizabeth, bohême, « qui fait l’artiste quelque part dans le sud », mais qui sait appeler papa au secours dès que l’argent fait défaut.

Les pistes ne manquent pas : l’entreprise, la concurrence, l’entourage, les relations, la communauté juive et désormais les francs-maçons, cette mystérieuse société initiatique à laquelle appartient quelques sommités locales.

En fait, Joseph Raminovitch a déjà été victime de deux accidents de chantier. La troisième tentative est la bonne. Cela ne vous rappelle-t-il rien ?

Et les cadavres continuent de s’amonceler. En dire plus serait lever le voile sur l’enquête.

La bonne question à se poser est de savoir en quoi le passé éclaire-t-il le présent ? La réponse s’y trouve, dès le chapitre intitulé « Vent printanier » du nom de cette opération de rafle menée à Paris, en 1942. « Le cynisme de ce nom est à la mesure du crime commis » nous dit l’auteur.

Au fur et à mesure qu’avance l’enquête, le lecteur découvre tout l’univers maçonnique. Une tenue, une initiation et son rôle sur le changement de l’être humain, mais aussi la fonction de certains offices, notamment celui du frère hospitalier. Un apprentissage de ce que doit être la Fraternité en loge et en dehors. Mais aussi sur le brassage des peuples. Sur le fait que, multiples, « l’identité, c’est la culture, les institutions qui les unissent », nous ne fassions plus qu’un. Une belle leçon de tolérance et de respect mutuel nous est offerte.

Un roman facile d’accès se passant au milieu des années 80, mais qui aurait pu se dérouler de nos jours. En guise d’épilogue, Robert de Rosa publie des notes qui jette une lumière sur l’argument de son ouvrage, du mythe de l’architecte assassiné au port de l’étoile jaune en passant par l’histoire de l’arme à feu, des mouvements pétainistes ou de celle des Juifs d’Éthiopie. Une façon de nous faire toucher du doigt que, finalement, tout n’est peut-être pas qu’une simple histoire romancée.

Le lecteur, profane ou initié, prendra un réel plaisir à suivre les aventures de nos trois policiers. Le profane y découvrira les buts de cette belle Fraternité qu’est la Franc-maçonnerie. L’initié y verra moult clins d’œil, à commencer par la référence à la rue des Trois-Frères, à Paris, dans le XVIIIe arrondissement. Finalement, c’est un polar qui se lit comme un roman !

 

Robert de Rosa, aujourd'hui retraité de l'Éducation nationale, après l’ Ecole Nationale des Beaux Arts de Bourges, a occupé successivement les fonctions d'instituteur, de maître formateur auprès de l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) et de conseiller pédagogique pour les arts plastiques. Il est aussi plasticien, dessinateur et a mené en parallèle une activité artistique : peinture, gravure et surtout émaillage sur cuivre et, à ce titre, primé à Tokyo en 1998.

Pour découvrir ses œuvres, vous pouvez surfer sur son site https://www.robertoderosa.fr/, où il se déclare « le polymorphe ».

Il est l’auteur de Poésie-peinture (Hachette, 1986), La vie à l'école avec les 2-6 ans (Nathan, 1999), Construire son identité à l'école maternelle (Nathan, 2000, rééd. 2006), Utopie et Franc-maçonnerie (L'Harmattan, 2009). Il signe en 2012, son premier livre aux éditions De Borée Les Mystères du Puy-de-Dôme et a coécrit, toujours chez De Borée, en 2013, Les mystères de l'Auvergne.

Robert de Rosa est actuellement le directeur de la Rédaction de « Points de Vue Initiatiques » (PVI), la revue de la Grande Loge de France. Il a aussi été le président du Convent 2015 de la Grande Loge de France.

 

De Borée, créée en 1989, est une maison d'édition française basée en Auvergne. Elle avait, à l'origine, une vocation régionaliste. Depuis 2001, leur catalogue est devenu généraliste, avec des collections pratiques ou historiques. De Borée publie notamment des ouvrages de littérature et a une collection de livres de poche. En décembre 2015, De Borée a été racheté par le groupe de presse Centre France-La Montagne avec pour ambition de développer les synergies entre la presse et l'édition de livres et de donner un nouvel élan à la marque. De Borée devient « Centre France Livres » pour la partie édition. Ces collections principales sont, entre autres, « Romans de Terroir », « Terre de poche », « Histoires et Documents » et « Mémoire d'hier ».

yonnel ghernaouti

► http://bit.ly/scribe_9782812919701