Le culte des droits de l’homme

Le culte des droits de l’homme Valentine Zuber Gallimard, nrf, Coll. Bibliothèque des Sciences humaines, 2014, 416 pages, 26.00 € - disponible au format numérique 18.99 €

Valentine Zuber nous propose une relecture historique de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC). Celle de 1789, mais aussi celle, moins connue, de 1793, et de son florilège de discussions.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, œuvre éclair du mois d’août 1789, est devenue dès sa promulgation l’un des symboles révolutionnaires les plus populaires en France et à l’étranger. Véritable évangile des principes sacrés de la République française, elle a immédiatement été considérée comme l’indispensable abrégé, le catéchisme de la formation politique des futurs citoyens. Le souci constant de son affichage et de sa diffusion en France depuis la Révolution jusqu’à nos jours montre encore l'exceptionnalité conférée à ce texte singulier, finalement constitutionnalisé.

La sacralisation implicite de la Déclaration des droits, credo révolutionnaire devenu républicain, pose la question de l’existence d’une forme de religion civile dans la République, en dépit de sa laïcité revendiquée. Le culte des droits de l’homme, élaboré dès les premiers mois de 1789, s’est en effet constamment perpétué dans la tradition républicaine, du centenaire de 1889 au bicentenaire de 1989, jusqu’à l’exaltation plus contemporaine de la France «pays des droits de l’homme».

La première partie de son livre est descriptif et analytique, s’intitulant « le modèle déclaratif en question ». Quant à la seconde, l’auteure approfondit sa thèse de la sacralisation politique républicaine des droits de l’homme en France.

Un livre des plus instructifs qui expose comment l’exaltation des valeurs républicaines a traversé le temps, depuis « les principes de 89 » jusqu’à nos jours, entretenant la philosophie de la République et le combat pour la laïcité.

La collection Bibliothèque des Sciences humaines est contemporaine de l’essor des théories structuralistes et fonctionnalistes et de l’expansion des publics universitaires, cette collection, créée par Pierre Nora (historien français, membre de l'Académie française, connu pour ses travaux sur le « sentiment national » et sa composante mémorielle), donne audience au renouveau des disciplines anciennement regroupées sous la rubrique «sciences de l’homme», tout en s’appuyant sur l’héritage éditorial de Brice Parain ou Michel Leiris (Métraux, Dumézil, etc.).

Valentine Zuber, née en 1965, est une historienne et sociologue française, spécialiste de l'histoire de la liberté religieuse en Europe occidentale et de la laïcité en France. Elle travaille sur l'histoire des droits de l'homme et des relations Églises/États à l'époque contemporaine. Elle est Directrice d'études à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) où elle occupe la chaire de Religions et relations internationales. Agrégée et docteur de l'Université, elle a consacré sa thèse à la réception et à l'utilisation de l'affaire Michel Servet en France aux XIXe et XXe siècles. Elle s'intéresse actuellement à l'origine idéologique des droits de l'homme et à leurs usages sociaux en République, sujet du mémoire original de son HDR soutenue à l'Université de Paris I, sous la direction du professeur Philippe Boutry.

Elle travaille au sein du laboratoire Groupe Sociétés Religions Laïcité GSRL et est aussi membre exécutif de l'Institut Européen en sciences des religions (Paris) IESR, dont le but est la formation continue des fonctionnaires à l'étude et à la connaissance du fait religieux. Elle est également membre du comité directeur de l'Institut du Genre du CNRS crée en 2012 et chargée des Études de genre.

Elle a notamment publié Les Conflits de la tolérance (2004), avec Jean Baubérot, Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant « le pacte laïque » (2000), avec Fabienne Randaxhe, Laïcités-démocraties, des relations ambiguës (2003), Les Conflits de la tolérance, Michel Servet entre mémoire et histoire (XIXe-XXe siècles) (2004), Michel Servet (1511-1553). Hérésie et pluralisme (XVIe-XXIe siècles) (2007) et avec Jacques Huntzinger et Marjorie Moya, Laïcités et sociétés en Méditerranée (2012).