Rite Français

En juillet-août 1785,le Grand Orient de France (GODF) fixe le rituel des trois premiers grades. Les cahiers manuscrits qui sont approuvés correspondent au rituel en pratique encore aujourd’hui au sein des loges de la GLNF.

En 1784-86, le Grand Chapitre Général de France arrêt les rituels des Hauts Grades, répartis en quatre Ordres. Les cahiers manuscrits de ces quatre Ordres correspondent eux aussi aux rituels pratiqués aujourd’hui au sein du Grand Chapitre Français.

Le 2 février 1788, le Grand Chapitre Général de France abandonne son autonomie pour constituer au sein du GODF le Chapitre Métropolitain. Le système en sept grades du GODF sera dénommé Rite Français.

En 1801, sous le titre « Régulateur du Maçon » pour les Grades symboliques et de « Régulateur des Chevaliers Maçons » pour les Hauts Grades , l’ensemble des sept rituels du Rite Français des rituels est imprimé et publié.

A la suite des travaux de René Guilly au sein de la Loge Nationale Française et de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, des Frères éminents dont les regrettés Roger Girard et Edmond Mazet, entreprennent, comme l'exige la régularité et la tradition maçonnique, de trouver une patente qui autorise des Loges à pratiquer le rite Moderne Traditionnel. Leur quête difficile va les mener au Brésil où est pratiqué ce Rite.

Très bien reçus par les frères brésiliens, ils vont rapporter à la GLNF le 7 Août 1979 une  patente régulière, offerte par le Suprême Conseil du Rite Moderne du Brésil,  qui ouvre à nouveau la porte de la Régularité à des Loges de la GLNF pour travailler au Rite Français. Deux vont être consacrées à Paris : « les Anciens Devoirs » n° 238  et « Saint Jean Chrysostome »  n°239.

Le 9 février 1999 un protocole d’accord est signé entre la GLNF et le Grand Chapitre Français qui souligne l’identité parfaite de leurs conceptions de la Franc Maçonnerie régulière et reconnaissant l’autorité du Grand Chapitre Français (GCF) pour régir les Hauts Grades du Rite Français.

 

L'appellation "Rite Français''

Cette appellation ne remonte pas à l'origine historique du Rite telle que nous venons de la préciser. Encore moins remonte-t-elle, bien sûr, aux origines de la Maçonnerie française. Elle n'apparaît pas, en fait, avant les dernières années du XVIIIe siècle. A partir de cette époque, et tout au long du XIXe siècle, elle désigne le "Rite Français'' tel que nous l'avons défini, c'est-à-dire le système en sept Grades adopté aux dates mentionnées. Toutefois, le Grand Orient lui-même n'a pas dès l'origine baptisé son système de "Rite Français''. Cette appellation n'apparaît jamais ni dans les rituels et règlements originels, ni dans les délibérations au cours desquelles ces rituels et règlements ont été approuvés. La plus ancienne occurrence que nous connaissions de l'appellation "Rite Français'' se trouve dans un procès-verbal de délibération de la Chambre d'Administration du Grand Orient en date du 25 décembre 1799, où il est question d'une loge constituée à l'orient de New York "sous le Rit français". Toutefois cette appellation n'était pas encore bien fixée à ce moment, puisqu'une autre délibération, du 24 mars 1800, parle encore simplement du "système du Grand Orient".

En fait, l'appellation semble avoir été forgée par opposition à celle de "Rite Ecossais''. Le terme "écossais'' renvoie à l'origine aux hauts grades : il a d'abord qualifié une certaine classe de hauts grades. Par la suite, son sens a parfois été étendu pour désigner - ainsi que le terme "Ecossisme'' -  la Maçonnerie des hauts grades. Et enfin, comme il n'y avait pas au XVIIIe siècle la séparation stricte qui existe aujourd'hui entre hauts grades et grades bleus, l'appellation d' "Ecossais" en est venue à être appliquée par certains Rites à l'ensemble de leur système, y compris les grades bleus. Ainsi, en face de Rites qui s'intitulaient "écossais'', on comprend que le système du Grand Orient de France ait été appelé "français'' . Mais ce n'est pas là une appellation officielle qui lui aurait été donnée dès l'origine, c'est une appellation accidentelle qui s'est peu à peu imposée dans l'usage.

Du point de vue historique, on entend donc aujourd’hui par ‘‘Rite Français’’ le Rite constitué par les rituels et règlements élaborés dans les années 1780 et adoptés officiellement par le Grand Orient de France, en 1785 pour les trois grades ‘‘bleus’’ ou ‘‘symboliques’’ puis en 1787 pour les hauts grades. Du point de vue de la pratique actuelle, et en ce qui concerne plus particulièrement les grades bleus, ce Rite existe en différentes versions, toutes fondées sur la base des rituels du XVIIIe siècle.

 

Histoire des rituels

Les Rituels adoptés officiellement nous sont connus à travers plusieurs manuscrits antérieurs à la Révolution qui nous sont parvenus en bon état. Pour les grades bleus d'abord, ces rituels n'étaient eux-mêmes que le résultat de l'uniformisation et de la codification des pratiques des loges françaises, en prenant ici le mot "françaises'' en son sens géographique. Ces pratiques, antérieurement à 1780, nous sont assez bien connues par différentes sources : des divulgations dont la plus ancienne (la divulgation du lieutenant de police Hérault) remonte à 1737 recoupées avec les procès intentés par l'Inquisition, à des Maçons. On peut ainsi se faire une idée assez exacte de la pratique maçonnique des loges françaises dans les années 1740. Un peu plus tard, on a des rituels qui proviennent des loges elles-mêmes et qui témoignent donc directement de leur pratique, par exemple le rituel donné par un manuscrit de la bibliothèque de la ville de Lyon intitulé "grade d'Apprentif des Loges de Lyon en 1772", et beaucoup d'autres qui ne sont généralement pas datés avec précision. On a également dans les livres d'architecture des Loges, sinon des comptes-rendus détaillés des rituels des cérémonies, du moins des allusions au rituel qui aident à se faire une idée de la pratique maçonnique.

Trois conclusions se dégagent et doivent être soulignées.

La pratique rituelle française était relativement homogène. Cette homogénéité n'était pas uniformité. Elle n'excluait pas des différences d'une loge à l'autre mais rien ne permet d'attribuer à de telles différences la signification de différences caractéristiques de Rites. Des différences qui nous apparaissent aujourd'hui comme caractéristiques de Rites, par exemple l'ordre différent des mots du premier et du deuxième grades, n'existaient pas alors dans la Maçonnerie française, et les différences qui existaient n'étaient pas perçues ainsi. En fait, la notion de Rites différents dans les grades bleus n'apparaît pas dans les documents de l'époque, elle n'apparaît que pour les hauts grades.

Cette pratique commune à la Maçonnerie française était en conformité avec celle de la Grande Loge anglaise de 1717, tant dans les Loges qui avaient été constituées par elle que dans les autres.

Malgré cette unité essentielle, la pratique rituelle de la Maçonnerie française présentait des variations entre les loges. Ces variations devaient inévitablement apparaître dès l'instant qu'il n'y avait pas de rituels officiels. La première Grande Loge de France paraît bien n'en avoir jamais eu, et le Grand Orient de France n'en a eu qu'en 1785.

La principale conséquence de l'absence de rituels officiels, et en même temps la principale source de variations dans la pratique des loges, a été la liberté qu'ont eu les rituels d'évoluer. Les rituels primitifs étaient relativement simples par rapport à l'état dans lequel nous les voyons maintenant, qui est le résultat de cette évolution. Tout en conservant le même noyau primitif, ils ont été considérablement développés et enrichis. Le développement le plus ancien consiste apparemment en les trois voyages que l'on fait faire au récipiendaire autour de la loge pendant l'initiation. Ces trois voyages sont attestés dès le Secret des Francs Maçons de l'abbé Pérau (1744). On ne les retrouve pas dans la Maçonnerie anglaise, ni écossaise (au sens géographique du terme), et rien dans les sources anglo-écossaises n'indique qu'ils s'y soient jamais trouvés. C'est ce qui donne à penser qu'ils ne se trouvaient pas non plus dans la Maçonnerie française primitive, et qu'ils constituent un développement proprement français.

D'autres développements sont venus plus tard, par exemple les épreuves par l'eau et par le feu, l'épreuve du sang et celle du calice d'amertume. Toutes ces innovations contribuaient à la diversification de la pratique rituelle, dans la mesure où elles étaient adoptées par certaines loges et non par d'autres.

Depuis les années 1770, un besoin de mise en ordre et d'uniformisation se faisait vivement sentir, et beaucoup de loges réclamaient du Grand Orient la rédaction de rituels officiels. Pour les grades bleus, leur mise au point fut pour l'essentiel l'œuvre d'un groupe de Frères qui appartenaient à la Chambre des Grades du Grand Orient de France, et dont le plus connu est Roéttiers de Montaleau. Ils y travaillèrent au cours de l'année 1783, puis leur travail fut soumis à diverses relectures et corrections avant d'être finalement approuvé en 1785, comme on l'a dit. Le préambule du rituel d'apprenti, qui vaut pour l'ensemble des trois grades, indique bien à quel besoin cette rédaction répondait : "Un autre point, non moins important, est l'uniformité depuis longtemps désirée dans la manière de procéder à l'initiation. Animé de ces principes, le Grand Orient de France s'est enfin occupé de la rédaction d'un protocole d'initiation aux trois premiers grades, ou grades symboliques. Il a cru devoir ramener la Maçonnerie à ces usages anciens que quelques novateurs ont essayé d'altérer, et rétablir ces premières et importantes initiations dans leur antique et respectable pureté. Les loges de sa correspondance doivent s'y conformer de point en point, afin de n'offrir plus aux Maçons voyageurs une diversité aussi révoltante que contraire aux vrais principes de la Maçonnerie".

 

L’esprit du Rite Français

Il est courant d'entendre que chaque rite possède sa propre spécificité et sa propre spiritualité. Comme les autres rites, le Rite Français assoit son enseignement sur les emblèmes bibliques et les prétextes historiques qui y sont associés, mais il n'y adjoint aucune démarche hermétique et s'appesantit plus sur la valeur morale des allégories qui sont utilisées que sur leurs détails.

On a pu dire que la spécificité du Rite Français, c’est de ne pas en avoir : les  autres Rites ont subi l’influence de facteurs extra-maçonniques, et que c’est cette influence qui donne à chacun sa spécificité, tandis que le Rite Français n’a subi aucune telle influence.  Cela vaut quand on compare le Rite Français aux autres Rites qui proviennent de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle, c’est-à-dire au Rite Ecossais Rectifié et au Rite Ecossais Ancien et Accepté, en laissant hors de la comparaison les Rites britanniques et américains. En particulier, le Rite Français n’a pas de doctrine explicite. Qu’il n’ait pas de doctrine ne veut pas dire qu’il ne contienne pas d’enseignement, mais son enseignement n’est nulle part développé sous la forme doctrinale explicite et discursive dans les textes du rite.

La spiritualité maçonnique est enracinée dans la tradition judéo-chrétienne et a deux fondements très simples : la fraternité des hommes, la paternité de Dieu, celle-ci étant elle-même le fondement de celle-là.  Les maçons du Rite Français des grades bleus reçoivent ainsi un enseignement symbolique basé sur ces deux principes et les allégories qui s'y rattachent sans développer la symbolique alchimique ou  chevaleresque qui est présente dans d'autres rites. Cela bien sur ne constitue en aucune façon un jugement de valeur vis à vis de ces rites, pratiqués également dans les loges de la Grande Loge Nationale Français

Edmond Mazet définissait ainsi l'esprit du Rite Français auquel les frères qui  le pratiquent sont très attachés :  « Simplicité et absence de prétentions, convivialité, amitié chaleureuse, c’est ce que les frères ressentent  dans nos assemblées, sans que cela exclue la profondeur spirituelle. Le Rite Français est un Rite dans lequel, comme on dit, on fait des choses sérieuses sans se prendre au sérieux. »

Il n'est pas plus beau, ni meilleur que les autres Rites, il est comme eux un chemin pour parvenir au sommet d'une colline vers où tous convergent, un chemin initiatique traditionnel parmi d'autres. Mais comme les autres rites il n'est valable que bien pratiqué. Ceci implique pour les Francs-maçons réguliers de  « le transmettre dans sa plénitude aux générations à venir ».