Rite Ecossais Ancien et Accepté

Pourquoi « Ancien » ? Ce terme se rapporte à la Grande Loge des « Antients » qui pratiquait en Ecosse et en Irlande une maçonnerie qui se distinguait de celle anglaise dite des « Moderns ». Ainsi se constitua en 1753 la « Grand Loge of the Free and Accepted Masons according to the Old Institutions », dite Grande Loge des Antients. Il témoigne de la volonté de revenir aux anciens usages chers aux Ecossais ainsi qu’aux Irlandais autour de Laurence Dermott.  

Pourquoi « Accepté » ? Il s’agit de l’acceptation dans les loges symboliques de membres extérieurs au Métier.

Et pourquoi « Ecossais » ? Pour se démarquer du système concurrent anglais, né en Ecosse et apparu en France dans les milieux stuartistes réfugiés à Saint-Germain-en Laye à la fin du 17ème siècle, qui créent des loges en France à l’origine de la Grande Loge Provinciale de France en 1736. L’Ecossisme, malgré son nom, naît donc en France dans la seconde moitié du 18ème siècle.

Les prémisses

Les prémisses du Rite sont imprécises parce que vraisemblablement de sources diverses. On peut néanmoins tracer quelques repères.

Aux environs de 1740, apparaît en France un grade supérieur au 3ème degré, celui de Maître Ecossais, appelé aussi Maître Parfait.

Une loge de Maître Ecossais est fondée à Bordeaux en 1745 qui ne reçoit que des anciens Vénérables Maîtres. Elle ressemble tout à fait à ce que nous appelons maintenant une Loge de Perfection. Le Comte de Clermont crée ensuite un rite en 25 degrés.

Même si la paternité du Chevalier de Ramsay dans le processus de fondation de l’Ecossisme est très discutable, on ne peut ignorer que son célèbre discours de 1736 a introduit une réelle inspiration chevaleresque, dont l’Ecossisme est fortement teinté, dans la Franc Maçonnerie spéculative, dont, selon lui, les croisades et la construction des cathédrales seraient la source.

 

Grandes figures et textes fondamentaux

Bordeaux : les Constitutions de 1762

En septembre 1762, neuf commissaires rédigent un texte connus sous le nom de « Règlements, Arrêtés, Instituts, Règlements généraux et Constitutions de la Maçonnerie de Perfection », qui unifie les 25 degrés du Rite de Perfection et que l’on peut considérer comme le fondement du REAA.

Etienne Morin reçoit le pouvoir de propager le Rite ainsi créé.                                       

Etienne Morin

Etienne Morin reçut en 1761 une patente lui donnant le pouvoir de répandre les grades écossais. Il exporte alors le Rite de Perfection aux Antilles, à Saint Domingue en 1762.

Il est ensuite introduit en Amérique du Nord en 1767 par son secrétaire et collaborateur Henry Andrew Francken. Celui-ci patente les « onze gentlemen de Charleston » dont John Mitchell et Frédéric Dalcho qui donneront naissance au REAA en 33 degrés entre 1798 et 1801

Berlin : les Constitutions de 1786

Ces Constitutions furent est-il dit signées par Frédéric II de Prusse et comportent sa signature. Elles portent le REAA à trente-trois degrés et le gouvernement du rite fut attribué à un Souverain Chapitre qui prit le nom de « Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, trente-troisième et dernier degré du Rite ». On ne trouve pas trace d’une réunion du Suprême Conseil à Berlin, en mai 1786 et les historiens mettent fortement en cause que Frédéric II ait pu signer un tel document. Qu’importe leur authenticité historique, elles sont considérées encore aujourd’hui comme l’une des lois fondamentales de l’Ordre.

Charleston : la circulaire aux deux hémisphères de 1802

Sous l’autorité du Suprême Conseil des Etats-Unis, le 4 décembre 1802 est publiée cette circulaire que certains tiennent pour le véritable acte de naissance du REAA par extension et transformation du rite de Perfection. Selon ses auteurs, elle a pour intention « d’expliquer l’origine et la nature des degrés sublimes de la Maçonnerie et leur institution en Caroline du Sud ».

Alexandre de Grasse-Tilly

Le Comte Alexandre François Auguste de Grasse-Tilly en est fait Grand Inspecteur Général en 1802 alors qu’il réside à Charleston après avoir quitté Saint Domingue. Il y retourne cette même année et y créé le Suprême Conseil pour les Iles du Vent et sous le Vent à Port au Prince.

Puis, il rejoint la France en 1804 et le 20 octobre est créé le Suprême Conseil pour la France dont il est nommé Souverain Grand Commandeur.

Un certain nombre de Loges écossaises décident alors de quitter le Grand Orient avec lequel elles sont en conflit pour s’unir en une Grande Loge Générale Ecossaise du Rite Ancien et Accepté (GLGE). Le Grand Orient et l’Empereur en sont fort inquiets parce qu’une Maçonnerie unique est plus facile contrôlable. Un accord est trouvé le 3 décembre et un concordat signé par les dignitaires des deux Obédiences. La GLGE  est dissous.

C’est Régis de Cambacérès, suppléant le Souverain Grand Commandeur en titre Joseph Bonaparte, qui succèdera à de Grasse-Tilly pendant que celui-ci participera à la création de plusieurs Suprêmes Conseils (Les Deux Siciles, Italie, Espagne, Pays-Bas,…)

Lausanne : le Convent universel de 1875

Sur vingt-trois Suprêmes Conseils, neuf furent présents à ce Convent dit « universel » par ses instigateurs. Il confirma et proclama les Grandes Constitutions de 1786 comme celles du REAA et fut adopté un tuileur, recueil de questions et réponses pour reconnaître un maçon et son grade. Ces textes sont encore aujourd’hui une référence.

 

Le REAA à la GLNF

En 1894, le Suprême Conseil délègue ses pouvoirs sur les trois premiers degrés à la Grande Loge de France (GLF) mais en 1965, devant son refus de rompre ses relations avec le Grand Orient sur la question du Grand Architecte de l’Univers, un millier de Frères environ quittent la GLF et rejoignent la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Ils y introduisent le Rite Ecossais Ancien et Accepté. Le Suprême Conseil de la GLF est déclaré irrégulier par les Suprêmes Conseils américain, canadien et hollandais. Charles Riandey, son ancien Souverain Grand Commandeur, démissionnaire, organise le Suprême Conseil pour la France, souché sur la GLNF, seul à être reconnu par les Suprêmes Conseils des Etats-Unis après avoir été désigné comme seule autorité du Rite Ecossais pour la France, lors du Convent de Baranquilla en 1970.

Le premier rituel des trois premiers degrés du REAA présenté sous les auspices du Suprême Conseil est le rituel dit de 1829 dont l’original est à la Bibliothèque Nationale de France. Il succède au Guide des Maçons Ecossais de 1815.

La GLNF l’a retenu comme base de son premier rituel, dit rituel Cerbu, élaboré par Marcel Cerbu qui rejoint la GLNF avec les Frères de la GLF en 1965.

D’autres rituels plus récents y sont pratiqués et notamment le rituel baptisé rétroactivement 1802, avec un caractère opératif plus marqué et donc plus proche du Guide des Maçons Ecossais de 1815.

Le dernier rituel est celui élaboré avec le concours du Suprême Conseil pour la France, dit rituel Hiram.

Déjà en juin 1956, des Frères de la Loge rectifiée « Les Amis Vigilants » n°38, fondée en 1951 par Jean Tourniac venu de la GLF, soumirent au Grand Maître Pierre Cheret un projet de rituel du REAA dont ils avaient pris soin « d’éliminer tout ce qui n’avait pas trait à la Franc Maçonnerie pure » afin « de retrouver, dans la mesure du possible, le Rituel tel qu’il devait être pratiqué en France au temps de la parfaite régularité de la Maçonnerie ». Le Grand Maître répondit favorablement à leur requête dès le 11 septembre en précisant toutefois que « Ce Rituel, de pure essence chrétienne, ne pourra être pratiqué, au maximum, que par quelques Loges exceptionnelles et avec grande prudence pour ne pas déroger aux principes libéraux de la Maçonnerie régulière universelle ».

Après avoir rejoint, en novembre 1963, la GLNF le célèbre écrivain maçonnique Marius Lepage (1902-1972) voulut introduire dans sa nouvelle Loge « Ambroise Paré » n°80 le rituel écossais de 1759 qu’il avait adopté dans son ancien Atelier du Grand Orient de France « Volney » en y ajoutant toutefois de nombreuses modifications comme la lecture alternée par les principaux officiers d’extraits du Coran, du Tao-Te-King, du premier chapitre de l’Évangile de Saint-Jean et du passage des Constitutions d’Anderson sur la religion universelle. Il se heurta alors au Président de la Commission des Rites, François Poccardi, qui, le 4 février 1964, le pria instamment « de bien vouloir pratiquer le REAA envoyé en photocopie, celui-ci sortant des archives du Suprême Conseil de France et étant le plus ancien rituel du REAA (daté de 1829) du fonds maçonnique de la Bibliothèque Nationale ».

En outre, en modifiant le 3 décembre 1963 l’Article 1er de sa Constitution, la GLNF permettait désormais aux Loges de « travailler à tous les rites sanctionnés par les puissances reconnues de la Maçonnerie régulière, sous la condition formelle de pratiquer ces rites dans toute leur pureté ». Cette nouvelle disposition allait favoriser, à partir de 1965, l’implantation puis le développement du REAA au sein de l’Obédience.

  

L’ESPRIT DU RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE

Il s’agit pour l’initié de revenir au Principe Créateur dont il émane afin que le multiple revienne à l’Unité et lui permettre de participer à l’Harmonie Universelle.

Le Rite lui propose dans cette perspective qu’elle lui ouvre, une progression par degrés qui peuvent se décomposer successivement en degrés de Connaissance tout d’abord, puis d’Amour et enfin d’Action.

Connaissance de soi tout d’abord par un travail d’introspection pour ensuite mieux connaître les autres et notre place dans le monde qui nous entoure afin de comprendre que chacun participe au Grand Tout et se rejoint dans son Unité.

Amour qui s’exprime par la fraternité qui nous réunit et la place qu’il appartient de faire à l’autre non pas simplement pour accepter ses différences mais pour prendre conscience qu’il est un autre nous même.

Action car le REAA demande à l’initié un authentique engagement afin de mettre en pratique ses principes et bâtir l’avènement du Saint Empire.

Le REAA propose à l’initié une quête en 33 degrés qui commence par le grade d’Apprenti, puis de Compagnon et de Maître pour se prolonger jusqu’au 33ème. Au cours d’une lente progression, il rencontrera les différentes traditions qui ont structuré le rite :

- égyptienne (l’hermétisme),

-  grecque (le pythagorisme),

-  islamique (alchimie)

-  hébraïque, (la Cabbale),

-  chrétienne (la Gnose)

-   et, surtout, chevaleresque (les influences templières).

L’initié entame une quête spirituelle à travers la recherche de la parole perdue, qui transcende progressivement son individualité et l’élève au niveau de l’absolu, en réconciliant la matière et l’esprit, vers cette intelligence que l’on désigne comme le Principe, vers ce que l’on peut définir comme l’état du Saint-Empire, dont le mythe peut être considéré comme le fondement de l’Ecossisme.

La méthode écossaise repose sur une conception ternaire de l’homme : corps, âme et esprit.  Les voyages de l’initié l’amènent à des purifications successives, après des étapes de désagrégation puis de perfectionnement vers sa source, l’immanence divine reflet de la transcendance. Cette progression passe par un développement harmonieux où il appartient à chacun de trouver sa propre voie spirituelle.

Le REAA a d’abord pour but de faire comprendre l’ésotérisme des trois premiers degrés symboliques, qui demeurent des degrés essentiels, et les Hauts Grades qui leur succèdent permettent d’approcher progressivement les problèmes posés par la cérémonie du troisième degré.

Il se définit comme un Ordre Initiatique, Traditionnel, Maçonnique, Chevaleresque et International, à vocation universaliste. Il repose sur la Foi en une Puissance Suprême, Principe Créateur, nommé Grand Architecte de l’Univers.

Le REAA conçoit la Franc-Maçonnerie comme une société ayant pour objet l’Union, le Bonheur, le Progrès et le Bien-être de la famille humaine en général et de chaque homme individuellement. Quant à ses rapports avec le monde profane, l’Ecossisme ne s’autorise aucune intervention directe dans le monde. Tout le travail en loge est basé sur le perfectionnement de l’initié, et aucune discussion politique ou confessionnelle n’est autorisée. Ce n’est pas pour autant que le maçon écossais doit rechercher une vie d’ermite, bien au contraire. Son travail de distanciation d’avec l’événement lui permet l’éthique et le recul nécessaires avant de s’impliquer personnellement et peut, en actualisant la voie intérieure, l’aider à devenir un exemple.

C’est auprès du Suprême Conseil National de France que les frères de la GLNF désireux de poursuivre leur chemin initiatique au delà du Grade de Maître reçoivent les degrés

suivants du Rite Ecossais Ancien et Accepté au sein d’ateliers distincts placées sous l’autorité de son Souverain Grand Commandeur.

- Les Loges de Perfection, ou degrés Salomoniens, ateliers du 4ème au 14ème degré.

- Les Chapitres, ateliers du 15ème au 18ème degré.

- Les Aréopages , ateliers du 19ème au 30ème degré .

- Les Tribunaux, atelier du 31ème degré.

- Les Consistoires, atelier du 32ème.

- Le Conseil suprême, atelier du 33ème.